Les neurosciences affectives et sociales
Les neurosciences affectives et sociales regroupent les différentes connaissances acquises sur le cerveau pour mieux comprendre l’expérience humaine et améliorer la qualité des interventions éducatives, psychosociales et thérapeutiques.
Contrairement aux neurosciences cognitives qui s’intéressent principalement aux aspects des comportements liés aux fonctions corticales, les neurosciences affectives et sociales impliquent les différents systèmes corticaux et sous-corticaux, ainsi que les systèmes hormonaux et endocrinien, qui influent sur l’univers émotionnel, les affects des personnes, les relations et les ressources de la mentalisation.
appliquées
Les neurosciences regroupent toutes les disciplines universitaires qui, d’une manière ou d’une autre, tentent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau. Certaines recherches se focalisent sur les aspects biochimiques ou fonctionnels, alors que d’autres s’intéressent aux différentes sphères influant sur les comportements des êtres vivants, dont l’être humain: apprentissage, adaptation, communication, vie émotionnelle, traumas, ressources mentales, etc. Il y a également des chercheurs qui s’intéressent aux aspects computationels, c’est à dire qu’ils modélisent le fonctionnement du cerveau ou explorent les ressources de l’intelligence artificielle sur la base du fonctionnement cérébral. Ensemble, l’application de ces connaissances contribue à améliorer la qualité de vie des personnes, les stratégies éducatives, les méthodes thérapeutiques, les pratiques cliniques, etc.
Les neurosciences affectives et sociales sont nées au début des années 2000. Bien qu’elles aient émergé des premiers travaux menés par Jacques Paillard dans les années 1960, c’est surtout grâce aux découvertes sur les émotions et sur les relations sociales menés par Joseph LeDoux, António Damásio et Giacommo Rizzolatti qu’elles ont reçu plus d’attention. Plusieurs neuroscientifiques, dont Jacques Paillard, Marc Jeannerod, Stephen Porges, Allan Shore, Peter Fonagy, Anthony Bateman, encore, Joël Monzée, ont offert – à travers des articles scientifiques et des livres – des ressources aux intervenants et cliniciens pour mieux comprendre les aspects psychodynamiques de l’expérience humaine, afin d’augmenter l’efficience des stratégies éducatives ou thérapeutiques.
Pourtant, elles ont été, durant plusieurs années, craintes par le milieu scientifique, car les théories étaient essentiellement déductives. Si les « preuves » de l’intégration des ressources affectives, cognitives et sociales s’accumulaient, les fonctions ne sont pas toujours mesurables par les méthodes de recherche quantitative (données probantes). En revanche, les méthodes de recherche mixtes (phénoménologiques) ont permis de mieux documenter les phénomènes décrit par les neurosciences affectives et sociales. Depuis, plusieurs cliniciens, comme Catherine Gueguen, Isabelle Filliozat, Gilles Delisle, Joël Monzée et d’autres auteurs utilisent ces connaissances pour proposer des stratégies d’intervention favorisant une prise en considération de toutes les sphères de développement de l’enfant et de l’adolescent dans une perspective éducative inspirée par l’initiative de la psychologie positive.
Bienveillance
La science de la bienveillance s’appuie sur les connaissances accumulées grâce aux neurosciences affectives et sociales. Celles-ci nous expliquent que le fonctionnement du cerveau dont, notamment, comment la libération de certains neurotransmetteurs essentiels pour vivre une certaine sérénité, contribue dès lors à installer un environnement propice à la responsabilité individuelle, à la collaboration, aux saines relations, à l’engagement dans ses études, comme dans sa vie familiale ou professionnelle, etc.
Joël Monzée a testé plusieurs hypothèses du modèle théorique développé par Jacques Paillard. Durant son doctorat, il a notamment découvert des cellules cérébelleuses qui intégraient les aspects sensorimoteurs, émotionnels et attentionnels (Monzée et Smith 2003, Monzée 2003) qui pourraient expliquer les fonctions exécutives d’une manière différente que la théorie dominante proposée par les cognitivistes.
Par la suite, il réactualisa le modèle théorique de Paillard en intégrant les fonctions affectives et sociales appliquées à la psychothérapie (Monzée 2009), la compréhension des réactions adaptatives en situation de stress (Monzée 2011) et les fondements du diagnostic différencié pour intervenir sur la source des difficultés psychologiques (Monzée 2014ab), plutôt que de normaliser les comportements par des techniques behaviorales ou des psychotropes.
Depuis lors, il a développé les fondements de la Science de la bienveillance, s’appuyant notamment sur les travaux d’Allan Shore, de Stephen Porges et de Lauri Nummenmaa, ainsi que ses propres découvertes scientifiques, afin d’encourager les parents et les intervenants à tenir compte des besoins affectifs et sociaux des enfants et des adolescents, mais aussi des adultes, pour soutenir leur développement global et optimiser leur bien-être, afin d’améliorer leurs ressources de mentalisation, concept développé par Peter Fonagy et Anthony Bateman, et les apaiser les enjeux d’attachement décrits par John Bowlby.
Ainsi, la science de la bienveillance peut s’appuyer sur des centaines de recherches menées aux quatre coins de la planète pour documenter les différents processus neurologiques qui influent sur la qualité des ressources psychologiques et relationnelles d’une personne.
Plus récemment, il a développé le concept de communication et d’éducation pacifique pour sortir des conflits nés d’une mauvaise compréhension des concepts de parentalité bienveillante, de psychologie positive ou de micro-agression, qui augmentent la résistance à un changement de paradigme tant en éducation (famille, petite enfance et scolarisation) qu’en clinique ou en gestion de personnel.
En choisissant d’intervenir et de communiquer de manière pacifique, on crée des relations saines et un environnement affectif et social qui soutiennent le développement des jeunes et des moins jeunes pour que ces personnes puissent s’impliquer de manière responsable dans leur famille, leur scolarité ou leur travail.
développées en neurosciences
affectives et sociales
Somme toute, c’est la prise en compte des lois biologiques pour identifier les défis et les forces d’une personne, mais surtout mieux appréhender les processus adaptatifs pour éviter de stigmatiser ses réactions en se servant du vocabulaire médical.
Dans cette perspective tant scientifique que clinique, les comportements d’un individu qui rencontre des difficultés ne reflètent pas nécessairement un trouble mental, mais souvent une adaptation – éventuellement (très) maladroite – afin de retrouver un certain équilibre dans sa vie personnelle ou relationnelle.
Conséquemment, de nombreuses réactions peuvent s’apparenter aux indices des troubles psychiatriques, mais elles sont en fait normales compte-tenu des circonstances. De là, il ne s’agit plus de conditionner la personne, mais de la soutenir avec constance, cohérence et respect pour qu’elle développe de nouvelles ressources afin d’améliorer la régulation des émotions, des affects et des pensées, et de diminuer la fréquence des comportements maladroits, dérangeants ou irritants.
C’est dans cette perspective que les conférences et formations de l’IPNS proposent des moyens concret pour que chaque personne puisse prendre soin de sa santé physique, affective et sociale, ainsi que de celle de ses enfants, élèves, patients et clients.
Les pratiques éducatives proposées par l’IPNS sont basées sur les connaissances en psychologie, pédagogie et en neurosciences affectives et sociales qui orientent des stratégies de soutien du développement de la personne, de l’enfance à la vieillesse, en passant par l’adolescence et l’âge adulte.
Quant aux pratiques thérapeutiques, elles sont proposées dans une perspective transdisciplinaire afin de tenir compte de tous les facteurs et déterminants pour maintenir, améliorer ou recouvrer une santé mentale et physique optimale.
Elles s’appliquent également sur la dynamique des équipes, que ce soit au sein de communautés de pratique favorisant la saine collaboration et la transdisciplinarité, ainsi qu’au sein d’une institution ou d’une entreprise.